vendredi 12 février 2021

Un inconnu meurt!

 Le vent froid s’engouffre dans la ruelle, il soulève des voiles neigeux qui virevoltent jusqu’à s’amasser contre un tas de cartons. Les gens pressés, emmitouflés dans leur cache-nez, absorbés par la pensée d’un foyer chaleureux qui les attend, ne remarquent pas les cartons.

 S’ils avaient pris le temps, ils auraient remarqué que le carton bougeait, non à cause du vent mais parce qu’il y a une âme à l’intérieur. Paulo a construit son petit nid pour la nuit, il fait -7°, -13 ressenti ; alors il est allé au supermarché prendre des cartons supplémentaires. Vêtu de  trois couches de vêtements en plus d'une vieille gabardine, Il essaye d’aménager son lit empêchant le zéphyr de pénétrer, chose impossible. Le samu-social est venu lui offrir une place dans un gymnase, Paulo a refusé. Il y est allé 2/3 fois et on l’a volé à chaque fois. Oh ! Pas grand-chose, sa fortune est maigre, mais on lui a pris son portefeuille ; dedans il y avait la photo de sa fille et sa femme, depuis le souvenir de leur visage s’étiole. Bientôt il ne s’en souviendra plus. Il a accepté la soupe que les bénévoles lui ont donné se brûlant en l’avalant trop vite.

Maintenant qu’ils sont partis, Paulo s’installe.

Faisant son nid, il retrace le parcours de ces dernières années. Pas glorieux ! Il se souvient des matins partant au travail. Il embrasse ses deux femmes et prend le métro avec son sac en bandoulière contenant le repas du midi préparé par Jeanne ; il le mangera à la cantine de l’usine. Le soir il rentrera fatigué mais heureux de retrouver les siens.

Un jour il est convoqué chez le contremaitre qui lui apprend que l’entreprise a besoin de dégraisser, les polonais « coûtent » moins cher, alors on le remercie. Le dégraissage, son corps va le subir. Il s’inscrit au chômage et attend. Aucune proposition. Petit à petit Les regards commencent à lui peser il se sait jugé même par sa fille. Il entend les reproches de sa  belle mère au téléphone avec sa femme. Ses voisins le regardent d’un autre œil comme s’il n’était plus fréquentable, que le chômage était contagieux. Comment a-t-on pu lui inoculer ce sentiment de culpabilité? Alors il dégringole. Après deux ans d’errance dans l’appartement, sans ressource, il ne veut plus être une charge. Il prend une petite valise et part.

Voila sa vie résumée en quelques lignes. Il va connaître la vraie errance, celle où la déchéance annihile la fierté, il fait la manche, dort dans la rue. Aujourd’hui il n’a même plus de papiers. Le sommet de la décrépitude arrive lorsque tu n’es même plus un numéro dans la société, tu coupes le dernier lien avec les humains et tu rejoins le monde animal.

Paulo engoncé dans son habitacle reste les yeux ouverts, il a peur !

Ce matin à la télé Bruno Le Maire tout frais rasé, costard cravate déclame ses vérités à l’interviewer. « Il va falloir faire des économies drastiques dans le service public pour rembourser la dette ! » le journaliste acquiesce.  Des économies cela fait 20 ans qu’ils en font, ils ont détruit, laminer le service public. Ils ont donné des milliards aux grandes entreprises qui délocalisent, génèrent des chômeurs, de la pauvreté. On nous parle de ruissellement, encore un nouveau mot, un élément de langage, les managers sont forts dans la rhétorique, ils inventent des nouveaux mots pour araser les choses. On ne parle plus de licenciement mais de restructuration, c’est plus propre, les employés deviennent des collaborateurs. La finalité reste la même. Où sont passés les milliards que nous, contribuables, donnons.  Paulo crève dans son carton le ruissellement ne l’atteindra pas.

Une démocratie peut elle générer huit millions de pauvres sans se poser les bonnes questions. On se gausse de mots républicains comme « Liberté, égalité, fraternité »  Paulo pourrait se révolter, il a tout bien fait ; pourtant il est sur le trottoir avec au-dessus de lui cette devise gravée sur le fronton de l’école. Pourquoi a-t-on inventé ce terme de « travailleur pauvre » ? C’est inacceptable. Paulo, lui, est réduit à un sigle « sdf », vite dit pour ne pas s’y arrêter. On en parle de temps en temps mais entre deux infos, comme une virgule, pour reprendre le souffle de l’actualité. Pour les bien pensant c’est un empêcheur de bien vivre Paulo; il fait tâche dans le paysage ; il n’avait qu’à  traverser la rue pour trouver du boulot.

Un pays ayant 300 000 sans abris peut-il être nommé pays riche et évolué. Riche pour qui ?

Quand Bruno Le Maire nous parle d’économies combien de gens va-t-il mettre à la rue ? Je ne lui donne pas mes impôts pour qu’il laisse nos semblables au bord de la route, sur le trottoir. Je n’entendrais aucune excuse. La mondialisation, l’ultra libéralisme jette les gens dont il n’a plus besoin et s’en va faire du profit ailleurs, laissant sur le carreau ceux qui ont participé à la création de ces entreprises. Ces monstres qui en veulent toujours plus. Ces lamineurs de vie.

Dans son carton Paulo a toujours les yeux ouverts, il a froid, il a peur. Peur de s’endormir et ne pas se réveiller.

 Peur de s’en aller inconnu.

mardi 2 février 2021

Expert!

 Ce matin la télé déverse son flot d’information comme d’habitude. Elle ne se lasse pas, ne regarde pas en arrière ne se critique pas non plus, elle avance. Elle raconte inlassablement des nouvelles plus ou moins vraies, plus ou moins vérifiées.

Aujourd’hui,  il y a un « expert » qui a fait des études politiques. Etant jeune je me demandais comment on pouvait faire des études pour être politologue, cela me semblait si simple d’expliquer les comportements des acteurs politiques. Je comparais ce travail aux « journalistes » de gala ou détective enfin la presse people.

En fait c’est un métier facile qui est devenu essentiel sur les grandes chaines de télévision. On peut dire tout et son contraire, on est toujours là. Le genre de phrase « ce qu’il faut comprendre » « ce qu’il a voulu dire » sont vides de sens. Le spectateur n’a pas besoin qu’on lui dise ce qu’il faut penser.

Il faudrait compiler sur plusieurs années les pensées de ces experts et on verrait qu’ils peuvent dire blanc un jour et noir le lendemain sans vergogne.  Mais la vie continue, pas grave les téléspectateurs avalent la potion.

Les chercheurs, il y a longtemps, travaillaient dans leur labo, leur bureau, ils publiaient leurs travaux dans des revues scientifiques, ils écrivaient des livres aussi. Maintenant la plupart passe leur temps sur les plateaux des médias. Ils sont là pour faire du remplissage, quand l’intervention est finie on a l’impression de ne pas avoir avancé et surtout de n’avoir rien appris.

De plus certains sont marqués politiquement, vous avez l’impression d’écouter un membre d’un parti. Si vous êtes chercheurs même en politique vous devez avoir assez de recul pour ne pas prendre parti, sinon vous n’êtes qu’un invité sur une chaine pour affirmer un discours cohérent avec la ligne rédactionnelle.

Ce qui est plus gênant ce sont les chercheurs scientifiques, comme les épidémiologistes que fleurissent en ce moment sur les antennes. Comment peut-on se prétendre expert quand on prend position oubliant l’éthique de son métier, quand votre collègue dit exactement le contraire sur une chaine concurrente. La médecine n’est pas une science exacte, il est vrai, mais il doit y avoir un minimum de consensus. Concernant une épidémie, le corps médical devrait être soudé,  parler d’une voix ; là on a l’impression qu’il patauge autant que les décideurs politiques.

Si les politiques au pouvoir sont responsables, surtout quand ils nous mentent, les experts en médecine n’ont aucune excuse. Ils nous ont baladés en nous disant que la  Covid était une grippette, qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter. Ces atermoiements nous ont fait perdre un temps fou au début, nous on fait perdre  des vies. Qu’à cela ne tienne, ils sont toujours là. Il devrait y avoir une description de l’intervenant, nous disant où il travaille, s’il est affilié à un laboratoire, un groupe influent. On nous parle de lobby mais ils sont présents sur les mainstreams à visage découvert sans nous le dire.

Voilà, puis on nous fait une émission « vrai ou fake » pour nous dire que ceux qui contestent sont dans le complot ou dans un populisme affligeant. Pour nous affirmer qu’une info est un fake on nous montre un expert justement ou un ministre qui affirme le contraire.

Nous ne sommes pas dans le monde de 1984 de Orwell mais petit à petit ….